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Manufacture de Sarreguemines

La salle des broyeurs au moulin de la Biles en 1923. Photo: Musée de Sarreguemines.

Voici l’histoire captivante de la manufacture de Sarreguemines :

Au cœur de Sarreguemines, une petite fabrique de faïence fondée en 1790 par un homme nommé Nicolas-Henri Jacobi. Avec passion et savoir-faire, il créa les premières
pièces utilitaires, donnant ainsi naissance à une tradition céramique qui allait durer des
générations.


Au fil des années, la fabrique grandit et se développa, jusqu’à ce qu’en 1836, un homme d’affaires visionnaire nommé Paul Utzschneider en devienne le propriétaire. Il entreprit de moderniser les installations et d’introduire de nouvelles techniques de production. La fabrique de faïence se transforma peu à peu en une véritable manufacture. En 1852, un vent de nouveauté souffla sur Sarreguemines. La manufacture se lança dans la production de carreaux de céramique, qui connurent rapidement un succès retentissant. Les murs des maisons et des bâtiments se parèrent des motifs élégants et des couleurs chatoyantes créés par les mains expertes des artisans de Sarreguemines.

La salle des broyeurs au moulin de la Biles en 1923. Photo: Musée de Sarreguemines.


Mais ce n’était que le début de l’ascension de la manufacture. En 1860, une technique révolutionnaire fit son apparition : la lithophanie. Les artistes de Sarreguemines étaient
capables de créer des plaques de porcelaine qui, lorsqu’elles étaient éclairées par l’arrière, révélaient des images délicates et poétiques. C’était un enchantement pour les
yeux et une prouesse artistique qui fit de Sarreguemines une référence en la matière. L’année 1871 apporta des changements politiques majeurs. Après la guerre francoallemande, Sarreguemines et toute la région de l’Alsace-Lorraine furent annexées par l’Empire allemand. La manufacture de Sarreguemines continua son essor, devenant l’un des joyaux de l’industrie céramique de l’Empire.


Cependant, l’Histoire est faite de bouleversements. En 1919, à la suite de la Première Guerre mondiale, Sarreguemines retrouva sa place en France. La manufacture dut s’adapter à cette nouvelle réalité et redoubler d’efforts pour se réinventer. Malgré les difficultés économiques qui marquèrent l’entre-deux-guerres, la manufacture persista, produisant des pièces de vaisselle et des objets décoratifs d’une grande beauté. Puis vint la sombre période de la Seconde Guerre mondiale. Pendant quatre longues années, la manufacture fut réquisitionnée par l’armée allemande et contrainte de produire des céramiques à des fins militaires. Les combats de la Libération ravagèrent les installations, mais la volonté de Sarreguemines demeura inébranlable.

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En 1945, les ouvriers de la manufacture, pleins de courage et d’espoir, se mirent à reconstruire les ateliers dévastés par la guerre. La production reprit, réchauffant les cœurs et les foyers avec des créations céramiques uniques. Le temps passa, et la manufacture de Sarreguemines continua de prospérer. Ses créations céramiques s’exportèrent dans le monde entier, témoignant de l’excellence et du raffinement du savoir-faire sarregueminois. Les artisans, de génération en génération, perpétuaient les techniques ancestrales tout en se laissant inspirer par les tendances
artistiques de leur époque.

Cependant, en 1970, la manufacture de Sarreguemines fit face à de nouveaux défis. Pour faire face à la concurrence internationale et consolider son avenir, elle décida de fusionner avec la faïencerie de Digoin, une autre entreprise française renommée. Cette fusion permit de combiner les forces et les compétences des deux manufactures, créant ainsi une nouvelle dynamique pour Sarreguemines. Malheureusement, malgré tous les efforts déployés, la manufacture de Sarreguemines commença à rencontrer des difficultés financières au début du XXIe siècle. En 2007, elle fut contrainte de déposer le bilan et de mettre fin à ses activités. Les ateliers se vidèrent, les fours s’éteignirent, et Sarreguemines perdit une part de son âme.


Cependant, l’histoire de la manufacture ne sombra pas dans l’oubli. Les pièces uniques et les créations exceptionnelles qu’elle avait produites continuaient de susciter l’admiration des amateurs de céramique. Les musées conservaient jalousement ces témoignages d’un temps révolu, et les collectionneurs s’efforçaient de rassembler les précieux héritages de Sarreguemines. Ainsi se termine l’histoire de la manufacture de Sarreguemines, une histoire marquée par la passion, la créativité et l’ingéniosité des hommes et des femmes qui ont contribué à son rayonnement. Même si elle ne produit plus de céramique aujourd’hui, son héritage perdure, rappelant à tous que Sarreguemines fut autrefois le foyer d’une des plus belles manufactures de faïence, où l’art et l’artisanat se mêlaient avec élégance.

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